Retraite

Le Plan d'Épargne Retraite (PER), créé en 2019, serait l'un des dispositifs préférés des Français. C'est aussi — et on ne le dit jamais assez — un produit particulièrement intéressant pour les banques. Avant d'y verser des sommes importantes, voici une analyse honnête de ses caractéristiques.

Simulation interactive
TMI 30 %TMI 41 %TMI 45 %
Économie d'impôt immédiate (déduction du revenu imposable). Ne tient pas compte de la fiscalité à la sortie au moment de la retraite.
Sources : Code général des impôts (art. 163 quatervicies) · BOFIP BOI-IR-BASE-20-50 (2024) · Simulateur impôts.gouv.fr 2024

Les 4 caractéristiques principales du PER

(1) Une déductibilité fiscale à l'entrée. Les versements sur un PER sont déductibles du revenu fiscal imposable, dans la limite de 10 % des revenus professionnels de l'année précédente (avec un plancher et un plafond). Cet avantage est immédiat : si vous êtes dans la tranche à 30 % d'IR, chaque 1 000 € versés vous "coûtent" en réalité 700 €. En contrepartie, à la sortie, le capital retiré est réintégré dans votre revenu imposable et taxé à l'IR selon votre barème fiscal au moment de la retraite. Cette déductibilité à l'entrée s'apparente, en pratique, à un prêt que vous remboursez au retrait de votre capital placé.

(2) Une sortie en capital ou en rente. À la retraite, vous pouvez récupérer votre épargne sous forme de capital (en une fois ou progressivement) ou la convertir en rente viagère.

(3) Un régime fiscal des plus-values. Pour les retraits en capital : imposition au PFU (30 %), que vous ayez ou non bénéficié de la déduction à l'entrée. Pour la rente : imposition à l'IR avec un abattement de 10 % si vous avez bénéficié de la déduction fiscale, abattement supplémentaire dans le cas contraire.

(4) Un blocage du capital jusqu'à la retraite. C'est le point central. Les fonds placés sur un PER sont indisponibles jusqu'à votre départ à la retraite, sauf dans de rares cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement…).

Pourquoi le PER est particulièrement intéressant… pour les banques

La déductibilité fiscale (1) et la fiscalité des plus-values (3) sont neutres pour les établissements financiers — elles s'appliquent à l'investisseur, pas à eux. La sortie en rente ou en capital (2) l'est également : dans les deux cas, le montant versé dépend du capital accumulé et de l'espérance de vie, et la banque y gagne de façon similaire.

La caractéristique réellement avantageuse pour les banques est donc le blocage (4). Le PER est encore jeune (2019), mais on peut raisonnablement penser que ce blocage jusqu'à l'âge de la retraite en fera le produit avec la durée de vie la plus longue de tous les dispositifs règlementés. Voici pourquoi :

DispositifBlocageAvantage fiscal
PERJusqu'à la retraite (potentiellement 40+ ans)Déduction à l'entrée
PEAAucun blocageExonération IR après 5 ans
PEE5 ansExonération IR après 5 ans
Assurance-vieAucun blocageTaux réduit après 8 ans
CTOAucun blocageAucun
Livret A / LDDSAucun blocageExonération totale (intérêts non fiscalisés)

Un salarié qui ouvre un PER à 22 ans y bloque potentiellement ses fonds pendant 40 à 45 ans. Or, sur tous les dispositifs règlementés, les banques et assureurs privilégient la "gestion pilotée" sur laquelle ils prélèvent des frais de gestion considérables — environ 1 % par an. Même en gestion libre, les frais annuels sur un PER s'établissent généralement entre 0,5 % et 1 %.

1 % de frais annuels pendant 40 ans sur un capital de 100 000 € représente une perte d'environ 33 000 € par rapport à un produit à 0 % de frais, en supposant un rendement de 5 % par an. Le PER est donc, pour les établissements qui le proposent, un produit de choix : des revenus garantis sur des durées bien plus longues que tous les dispositifs précédents.

Alors, le PER est-il intéressant pour vous ?

La réponse dépend essentiellement de votre tranche marginale d'imposition (TMI) aujourd'hui et de celle que vous anticipez à la retraite.

Si vous êtes dans la tranche à 41 % ou 45 % aujourd'hui et que vous anticipez une retraite plus modeste (tranche à 11 % ou 30 %), l'arbitrage fiscal est clairement favorable au PER : vous déduisez à 41 % et vous paierez à 11 % ou 30 % à la sortie. C'est dans ce scénario que le PER est réellement puissant.

Si vous êtes dans la tranche à 11 % ou 30 % et que votre niveau de vie à la retraite est comparable à celui d'aujourd'hui, l'avantage fiscal est beaucoup moins évident, voire nul. Dans ce cas, un PEA ou une assurance-vie avec des frais maîtrisés peuvent être préférables — avec la liberté de disposer de votre capital à tout moment.

Avant tout versement sur un PER, simulez systématiquement votre fiscalité à la sortie. L'avantage à l'entrée peut être largement annulé par l'imposition à la retraite, surtout si vos revenus restent élevés après cessation d'activité.

Enfin, comparez les frais. Un PER avec 0,5 % de frais annuels n'a pas du tout le même impact qu'un PER à 1,5 % sur 30 ans. Les contrats en ligne (Linxea Spirit PER, Lucya Épargne Retraite…) affichent des frais bien inférieurs aux contrats bancaires traditionnels. C'est un critère de sélection aussi important que la déductibilité fiscale.

Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas une recommandation d'investissement. Tout placement comporte un risque de perte en capital. Les situations fiscales sont individuelles — consultez un conseiller avant tout versement significatif sur un PER. membre CNCEF.

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