- Plus de marge pour l'épargne de précaution
- Capital disponible et garanti, sans risque* (*autre que la faillite de l'État)
- Intérêts exonérés d'impôt et de prélèvements sociaux
- Utile pour des liquidités mobilisables à court terme
- Un rendement faible, peu protecteur face à l'inflation sur le long terme
- Détourne l'épargne des placements plus rentables
- Incite à immobiliser trop de capital sur un support de court terme
- S'inscrit dans un contexte de financement de la dette publique
Une mesure qui part d'une bonne intention
Porter le plafond du Livret A de 22 950 € à 30 000 € part peut-être d'une bonne intention de l'État : offrir aux épargnants environ 7 000 € de capacité de versement supplémentaire sur un produit simple, sûr, liquide et défiscalisé. Le Livret A jouit d'une confiance quasi universelle en France, et beaucoup de foyers atteignent déjà le plafond actuel.
La vraie question n'est pas là. Elle est de savoir ce que vaut cette mesure du point de vue de la constitution d'un patrimoine — car un plafond plus élevé n'est un progrès que si le Livret A est le bon outil pour l'argent qu'on y placera.
Là où le Livret A a toute sa place
Pour une catégorie précise de besoins, le Livret A est un excellent produit, et un plafond relevé est une bonne nouvelle. C'est le cas de l'épargne de précaution — cette réserve de sécurité que chacun devrait détenir pour faire face aux imprévus — et plus largement de tout besoin de liquidités à court terme.
Sur ce terrain, ses qualités sont imbattables : le capital est garanti, disponible à tout moment, et les intérêts sont exonérés d'impôt comme de prélèvements sociaux. Pour de l'argent qu'on peut avoir à mobiliser du jour au lendemain, on ne cherche pas le rendement, on cherche la sécurité et la disponibilité. Le Livret A les offre. Disposer de 30 000 € plutôt que 22 950 € pour cet usage est un vrai plus.
Là où c'est une très mauvaise idée
Le problème surgit dès qu'on parle de long terme. Le Livret A n'est pas conçu pour faire fructifier un patrimoine sur dix, vingt ou trente ans — et un plafond plus élevé risque précisément d'y inciter, en donnant le sentiment qu'on peut y loger davantage d'épargne « en toute tranquillité ».
Or, sur la durée, orienter davantage d'épargne vers le Livret A détourne les Français de placements qui remplissent deux fonctions que lui ne remplit pas :
1. Les placements les plus rentables. Sur le long terme, les actions — via un PEA ou une assurance-vie en unités de compte — ont historiquement délivré des rendements très supérieurs à ceux d'un livret réglementé. Chaque euro immobilisé longtemps sur un Livret A est un euro qui ne travaille pas à son plein potentiel.
2. Les placements qui protègent le mieux de l'inflation. C'est le point le plus important. Un livret dont le taux est fixé administrativement ne suit pas nécessairement l'inflation, et peut même délivrer un rendement réel négatif lorsque les prix augmentent plus vite que sa rémunération. À l'inverse, les actifs réels — actions, immobilier — tendent, sur longue période, à préserver le pouvoir d'achat. Immobiliser une épargne de long terme sur un livret, c'est prendre le risque de la voir grignotée par l'inflation.
Autrement dit : ce qui est une qualité pour l'épargne de court terme (sécurité, stabilité) devient un handicap pour l'épargne de long terme (manque de rendement, faible protection contre l'inflation).
L'arrière-plan : financer la dette
Il faut enfin replacer la mesure dans son contexte. Elle intervient alors que l'État fait face à une situation budgétaire tendue et à une crise de la dette. Les fonds collectés sur le Livret A sont en grande partie centralisés et servent notamment à financer des missions d'intérêt général, mais aussi, indirectement, à alimenter des circuits de financement public.
En relevant le plafond, l'État peut espérer capter plusieurs milliards d'euros d'épargne supplémentaire. Dans un environnement où il emprunte sur les marchés à des taux désormais élevés — au-delà de 4 % à dix ans —, drainer cette épargne vers un produit rémunéré en dessous de ce niveau représente, pour les finances publiques, une source de financement moins coûteuse que l'emprunt de marché. La mesure, présentée comme un cadeau à l'épargnant, a donc aussi une logique budgétaire qu'il est utile d'avoir en tête.
Un conseil indépendant, sans rétrocommission
Le bon réflexe n'est pas de remplir son Livret A, mais de distinguer épargne de précaution et épargne de long terme. En tant que conseiller rémunéré uniquement en honoraires, paro conseil vous aide à répartir votre épargne selon vos horizons. Prenons contact pour en discuter.
En synthèse
Relever le plafond du Livret A à 30 000 € est une bonne nouvelle pour l'épargne de précaution et les liquidités de court terme, où ses qualités — sécurité, disponibilité, exonération — font merveille. Mais c'est une fausse bonne idée si cela conduit les Français à y immobiliser une épargne de long terme : sur la durée, le Livret A est ni le plus rentable, ni le plus protecteur contre l'inflation. Et derrière la mesure se dessine une logique de financement de la dette publique, à un moment où l'État emprunte cher. Le bon réflexe reste de séparer clairement ce qui relève du court terme de ce qui doit être investi pour l'avenir.
Questions fréquentes
Quel est le plafond actuel du Livret A et à combien passerait-il ?
Le plafond de versement est actuellement de 22 950 €. La mesure envisagée le porterait à 30 000 €, soit environ 7 000 € de capacité supplémentaire.
Faut-il remplir son Livret A jusqu'au nouveau plafond ?
Pas nécessairement. Le Livret A est idéal pour l'épargne de précaution et les liquidités de court terme. Pour de l'épargne de long terme, d'autres placements sont généralement plus rentables et mieux protégés de l'inflation.
Pourquoi le Livret A protège-t-il mal de l'inflation sur le long terme ?
Son taux est fixé administrativement et ne suit pas mécaniquement l'inflation. Lorsque les prix montent plus vite que sa rémunération, le rendement réel devient négatif. Les actifs réels (actions, immobilier) tendent, eux, à mieux préserver le pouvoir d'achat sur longue période.
Pourquoi l'État propose-t-il cette mesure ?
Au-delà de l'intérêt affiché pour les épargnants, la mesure s'inscrit dans un contexte de crise de la dette. Elle peut permettre de mobiliser plusieurs milliards d'euros d'épargne pour financer l'État à un coût inférieur à celui de l'emprunt de marché, dont les taux dépassent 4 % à dix ans.