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Le secteur de la gestion de patrimoine et de l'investissement financier est soumis, comme tous les secteurs, à des phénomènes de mode et à des dynamiques marketing puissantes. SCPI, ETF, assurance-vie luxembourgeoise, PER, Private Equity… tous ces dispositifs ont connu — ou connaissent encore — leur heure de gloire. Pour le plus grand bonheur des investisseurs ? Pas nécessairement.

Ce que je propose ici, c'est de regarder de près les fonds de Private Equity (PE) — c'est-à-dire les fonds qui investissent dans des entreprises non cotées — et de comparer ce qu'ils promettent à ce qu'offrent d'autres placements aux caractéristiques voisines.

Le marketing du Private Equity : un produit "premium" par construction

Les fonds de Private Equity sont commercialisés comme des produits réservés à une clientèle élite. Le ticket d'entrée est élevé — souvent 50 000 € ou 100 000 € minimum —, ce qui contribue à entretenir l'image d'un placement haut de gamme.

La cible théorique est claire : professions libérales, cadres supérieurs, dirigeants. Des investisseurs qui combinent une capacité d'épargne élevée et un attachement à leur statut social. Le ticket d'entrée minimum ne se justifie d'ailleurs par aucune contrainte technique réelle — c'est avant tout un argument de positionnement, destiné à donner l'illusion d'un produit d'exception. C'est exactement la même mécanique marketing que celle utilisée par l'assurance-vie luxembourgeoise.

Sur le plan symbolique, les fonds PE sont souvent placés au sommet de la "pyramide des investissements", au-dessus des actions cotées (S&P 500, Euro Stoxx 50…), à côté des cryptomonnaies. Risque élevé, rendement élevé. C'est simple, c'est lisible, et c'est en grande partie une fiction.

La promesse : 12 à 15 % de rendement annuel moyen

L'argument central des fonds PE, pour l'investisseur, c'est leur rendement supposé "élevé". Les promesses de rendement annuel moyen oscillent classiquement entre 12 % et 15 %, parfois au-delà de 20 % dans les présentations commerciales. Comme tous les produits de type actions, ce rendement n'est évidemment pas garanti, et il existe un risque réel de perte partielle ou totale du capital investi.

Mon rôle de conseiller indépendant — je ne perçois aucune rétrocommission, je n'ai donc aucun intérêt à recommander un produit simplement parce qu'il est à la mode ou bien marketé — est de comparer ces rendements à ceux d'autres placements répondant aux mêmes caractéristiques.

Les vraies caractéristiques d'un investissement en Private Equity

Horizon Long — supérieur à 8 ans, ce qui est la règle pour tout actif volatil.
Rendement cible 12 % à 15 %/an en moyenne, non garanti.
Risque Perte partielle ou totale en capital possible.
Liquidité Très faible, voire nulle. Il est très difficile de revendre ses parts avant plusieurs années — et lorsque c'est techniquement possible, c'est avec une décote importante.

Sur cette base, le PE apparaît comme un placement actions long terme, illiquide, avec une promesse de rendement de 12 à 15 %. Voyons si cette promesse résiste à la comparaison.

Comparaison avec les indices boursiers : la promesse fond comme neige au soleil

Les rendements ciblés par les fonds PE — 12 à 15 % par an — sont à peine supérieurs à ceux des principaux indices boursiers mondiaux. Voici les ordres de grandeur historiques.

Rendements annualisés bruts
Private Equity (cible commerciale) S&P 500 NASDAQ 100
Rendements bruts avant fiscalité. Performances passées non garanties.
Sources : S&P Dow Jones Indices · NASDAQ · documentations commerciales fonds Private Equity français · Phalippou, "An Inconvenient Fact: Private Equity Returns & The Billionaire Factory" (2020).

Sur près d'un siècle, le S&P 500 a délivré environ 10 % par an avec dividendes réinvestis. Sur les trente dernières années, ce chiffre monte à environ 12 % par an. Les rendements promis par le PE ne sont donc pas largement supérieurs à ceux d'un indice boursier majeur.

Et pour le NASDAQ 100 — les 100 plus grosses sociétés cotées américaines hors valeurs financières — les rendements historiques ont été supérieurs à 15 %/an sur 20 ans et supérieurs à 20 %/an sur 10 ans. À horizon comparable, ces indices ont fait au moins aussi bien que les promesses des fonds PE — souvent mieux.

La question devient simple : si l'on vise un rendement de 15 % par an en moyenne, vaut-il mieux investir dans le NASDAQ 100 — via un ETF — ou dans des fonds de Private Equity ?

Évidemment, les performances passées ne garantissent pas les performances futures. Mais les rendements long terme des principaux indices boursiers mondiaux sont infiniment mieux documentés et plus transparents que ceux des fonds PE — qui souffrent par ailleurs de biais bien connus dans la littérature académique : biais de survivance, opacité des valorisations intermédiaires, effet de levier des opérations LBO qui gonfle artificiellement la performance affichée.

Liquidité, frais : deux différences décisives

À rendement comparable, deux critères font basculer définitivement la comparaison en faveur des indices cotés.

CritèreFonds Private EquityETF S&P 500 / NASDAQ 100
Ticket d'entrée 50 000 € à 100 000 € À partir de quelques euros
Liquidité Quasi nulle pendant 8 à 10 ans Quotidienne, en bourse
Frais annuels ~2 % de gestion + 20 % de carried interest 0,03 % à 0,25 % par an (TER)
Transparence des valorisations Trimestrielle, fondée sur des estimations Continue, prix de marché
Rendement annualisé observé 12 à 15 % cible commerciale S&P 500 : ~10 % long terme · NASDAQ 100 : ~15 % sur 20 ans

Sur les frais, l'écart est massif. Un ETF sur le NASDAQ 100 coûte à partir de 0,20 % par an. Un ETF sur le S&P 500 coûte à partir de 0,03 % par an. Un fonds PE prélève typiquement 2 % de frais de gestion + 20 % de carried interest sur les plus-values au-delà d'un seuil. Ces frais expliquent une grande part de l'écart entre les rendements bruts du PE et les rendements nets effectivement perçus par l'investisseur — qui, dans bien des cas, ne battent pas un ETF S&P 500.

Sur la liquidité, l'écart est tout aussi considérable. Une part d'ETF se revend en quelques secondes, à un prix de marché public. Une part de fonds PE se revend rarement avant l'échéance du fonds — et lorsqu'une revente est techniquement possible, c'est sur un marché secondaire opaque, avec des décotes qui peuvent dépasser 30 ou 40 %.

Conclusion : un produit qui ne tient pas la comparaison

À horizon d'investissement et niveau de rendement comparables, l'investissement en fonds de Private Equity n'apparaît pas optimal dans une optique de croissance patrimoniale. Les indices boursiers mondiaux offrent des performances équivalentes ou supérieures, avec des frais 10 à 50 fois moindres et une liquidité incomparablement meilleure.

Cela ne signifie pas que le Private Equity est mauvais en soi — il joue un rôle utile dans le financement de l'économie réelle. Cela signifie que, pour l'investisseur particulier qui cherche à accroître son patrimoine, le rapport bénéfice / contraintes / frais reste défavorable au PE par rapport à des solutions cotées plus simples, plus transparentes, et accessibles à tous.

C'est précisément pour cela que je ne conseille jamais de fonds PE à mes clients ni à mes prospects. En tant que CIF MIF2 indépendant, je ne perçois aucune rétrocommission sur les produits que je recommande — ce qui me permet de pointer ce que d'autres conseillers, rémunérés sur les frais d'entrée du PE, peuvent avoir du mal à dire.

Questions fréquentes

Quel rendement réel attendre du Private Equity ?

Les fonds de Private Equity affichent souvent 12 à 15 %/an bruts. Une fois retranchés les frais réels (2 % de gestion annuels + 20 % de carried interest sur les gains au-delà d'un seuil), la performance nette pour l'investisseur se situe le plus souvent autour de 8 à 11 %/an — soit un rendement comparable, voire inférieur, à celui d'un ETF S&P 500 (10 à 11 %/an dividendes inclus) sur la même période.

Le Private Equity est-il plus rentable que les ETF ?

Pas systématiquement. Sur les 10-15 dernières années, le NASDAQ 100 a délivré 15 à 20 %/an et le S&P 500 environ 10-11 %/an dividendes inclus, avec une liquidité quotidienne et des frais résiduels (0,03 à 0,07 % de TER). Le Private Equity peine à battre ces indices nettement, malgré une illiquidité de 8-10 ans et une structure de coûts environ 30 fois supérieure.

Quels sont les frais réels d'un fonds de Private Equity ?

La structure classique est dite « 2/20 » : 2 % de frais de gestion annuels sur le capital engagé, plus 20 % de carried interest sur les gains au-delà d'un hurdle rate (typiquement 8 %). À cela s'ajoutent souvent des frais d'entrée à la souscription. Au total, environ 30 fois les frais d'un ETF passif équivalent, sans garantie d'une performance proportionnellement supérieure.

Vous hésitez sur la pertinence d'un placement ?

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Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens réglementaire. Tout investissement comporte un risque de perte partielle ou totale en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La pertinence d'un placement dépend de votre situation personnelle, de votre horizon d'investissement et de vos objectifs.